Chronique d’auteurs


photo Pierre AhnneLe roman en tant que marelle

Pierre Ahnne

 

Longtemps, j’ai raconté l’histoire de méchants hommes. Le héros d’un de mes romans étranglait sa compagne par pure maniaquerie. Un autre de mes personnages, ayant trouvé un pistolet dans un cinéma, enlevait une inconnue qui ne lui avait rien fait. Un troisième assistait sans intervenir au suicide de la malheureuse qui avait eu la mauvaise idée de se lier à lui (heureusement, quelqu’un la sauvait). Mais à Impressions nouvelles, nouveau héros. Celui de J’ai des blancs est beaucoup plus gentil que ses prédécesseurs. Certains lecteurs ne le remarquent pas, et évidemment mon personnage, qui est aussi mon narrateur, trouve toujours les gens insupportables et leur souhaite tous les maux. Mais d’une part il n’a pas tort, les gens sont insupportables, et de l’autre il a de sérieuses excuses pour être de mauvais humeur. Les héros de mes autres livres agissaient sans motif valable, tandis que celui-ci a ses raisons.

Lesquelles ? Ne comptez pas sur moi pour vous le dire, ni pour vous expliquer pourquoi il erre, un cartable vide à la main, autour du lycée où il a le malheur d’enseigner quand il n’est pas en congé de maladie. Il y a une histoire pour ça. Question de courtoisie, on raconte une histoire, il en faut une pour servir de prétexte à ce qui compte vraiment : la voix et le sujet.

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