Chroniques d’auteurs


Baetens ©Stephanie VerbekenSans limite d’âge

Jan Baetens

 

Un homme au singulier (1962), avec lequel la récente adaptation cinématographique de Tom Ford prend (ici, hélas) les libertés d’usage, est considéré par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Christopher Isherwood (1902-1986). Je souscris volontiers à ce jugement, mais ce qui retiendra ici mon attention est la date de parution du livre, vers le soixantième anniversaire de son auteur.

Les rapports entre âge biologique et créativité ne sont ni anodins, ni immuables. Il va sans dire qu’il existe un lien entre les deux, mais comme toute chose ayant trait à la culture l’interprétation de ce rapport varie « selon le contexte », comme on le dit un peu vite, surtout quand on préfère ne pas s’interroger sur le culte du jeunisme à un moment de vieillissement exceptionnel du public lisant.

Le roman d’Isherwood, en fait A Single Man, titre qui renvoie aussi à l’état civil du protagoniste dans une société d’avant le mariage pour tous, fut donc écrit à un âge que la doxa contemporaine qualifierait volontiers de peu propice à la véritable création. Qui s’approche de la soixantaine n’est plus censé avoir les ressources nécessaires à la production d’œuvres vraiment nouvelles ou originales. Dans le meilleur des cas, on arrive encore à maintenir son niveau ; la plupart du temps on ne fait plus que se répéter ; exceptionnellement, on a l’intelligence de se taire.

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