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Camille Claudel
une mise au tombeau
Jean-Paul Morel
Essai
Collection "Réflexions faites"
17 x 24 cm /
320 pages
ISBN :
978-2-87449-074-3
22,50 €
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Le livre
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« [Ma vie] un roman [...] même une épopée, l’Iliade et l’Odyssée. Il faudrait bien Homère pour la raconter, je ne l’entreprendrai pas aujourd’hui, et je ne veux pas vous attrister. Je suis tombée dans le gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar. »
Camille Claudel, 24 mai 1934.
Camille Claudel ? La sœur jalousée de Paul, le poète ambassadeur.
Camille Claudel ? L’amour fou du génial Rodin.
Camille Claudel ? La plus talentueuse sculptrice de son temps.
Camille Claudel ? Une enfant gâtée de la petite bourgeoisie, morte de faim chez les fous et mise à la fosse commune.
Qu’est-ce qui transforme une vie en destin ?
Jean-Paul Morel a exhumé les pièces à conviction du dossier, enfin complet : son enquête sur l’interminable enfermement de Camille révèle une suite, triste et hélas banale, d’ignorance, de négligences et de lâchetés, de malentendus et de décisions arbitraires, qui ont fait le malheur d’une femme et créé le mythe tragique. Déclarée morte en 1920, alors qu’elle ne s’éteint qu’en 1943, Camille Claudel fut sacrifiée sur l’autel des convenances, après une « mise au tombeau » longue de trente ans.
Ces documents fascinants jettent aussi une lumière exceptionnelle sur l’état de la psychiatrie française au début du XXe siècle.

CAMILLE CLAUDEL : LE DOSSIER ENFIN COMPLET
On connaît la vie de Camille Claudel par les versions romancées, théâtrales, cinématographiques et même chorégraphiques qui en ont été proposées.
Au cœur de ces récits, ses amours avec Auguste Rodin, que Paul Morand résume ainsi dans ses mémoires : « […] c’est une histoire très triste. Cette fille est sa meilleure élève ; elle a du génie ; elle est très belle, et elle l’aime ; mais elle est folle. Elle s’appelle Camille Claudel. » La beauté, le génie, l’amour et la folie : voilà de quoi forger une belle légende.
Hors de cette vision romantique cependant, la vérité sur Camille Claudel est complexe à rétablir. Sa vie ressemble à un puzzle, avec bien des pièces manquantes, certaines cachées, d’autres déformées.
Au terme d’une longue enquête, Jean-Paul Morel nous livre enfin un dossier complet. Il s’est employé à exhumer toutes les pièces : correspondances officielles et privées, archives médicales, articles de presse… Autant d’éléments jusqu’ici dispersés, censurés ou mal transcrits, voire tout à fait inédits, qu’il s’est efforcé de rétablir dans leur intégrité. La plupart de ces documents sont livrés volontairement sans commentaires ou interprétation : c’est au lecteur qu’il appartiendra de se faire sa propre opinion sur la tragédie que fut la vie de Camille Claudel.
Ce qui se révèle au final ?
Bien des légendes se trouvent mises à mal dans Camille Claudel, une mise au tombeau.
Non, Rodin n’a pas été l’infâme exploiteur machiste dont Paul Claudel, puis sa fille Reine-Marie Paris, ont voulu faire l’unique responsable du “déraillement” de Camille. Il a même été le premier, dès 1895, à s’être rendu compte de son état et à avoir tenté de l’aider. Obligé de se déguiser sous un nom d’emprunt, Rodin n’a cessé jusqu’à sa mort de lui venir financièrement en aide, chaque fois qu’il a été averti de sa détresse, comme le révèlent ses archives au musée Rodin.
Et non, Camille n’a pas été l’artiste “maudite”, incomprise et vivant dans la misère. Si elle a eu effectivement quelque mal à obtenir des commandes publiques de l’État, c’est au premier chef parce que le ministère de Beaux-Arts, et le musée du Luxembourg – contrôlés par l’Institut – étaient peu ouverts aux femmes et à la création contemporaine. En revanche, Rodin lui a tôt apporté le soutien de riches mécènes.
Féministe, comme certain(e)s l’auraient souhaité ? Elle ne l’a pas davantage été : Camille rêvait de se marier et – à l’instar de Rachilde qui entendait être reconnue comme “homme de lettres” – voulait tout bonnement, pour sa part, être reconnue comme sculpteur.
Sa famille lui a-t-elle maintenant apporté tout le soutien qu’elle pouvait en attendre ?
Les preuves du contraire sont plus accablantes qu’on ne l’imaginait. Camille a bien été “aliénée”, mise hors circuit, à l’écart du monde, par la volonté délibérée de sa mère. Son frère Paul, beaucoup plus préoccupé par sa carrière diplomatique et par son œuvre, n’a fait que prendre le relais. Douze visites, courtes, en trente ans !
Dans les faits, internée en 1913, Camille n’est pas morte en 1920, comme l’ont longtemps écrit les dictionnaires, mais en 1943. Et pas de vieillesse ni même de folie, mais de la malnutrition qui sévissait dans les hôpitaux psychiatriques sous l’Occupation, et de l’abandon où l’avait laissée sa famille, en la personne alors de son frère Paul. Celui-ci, quoiqu’habitant à Brangues, près de Chambéry, à 300 kilomètres d’Avignon, ne jugea jamais nécessaire, malgré les appels de détresse des médecins, de faire le déplacement, pas plus que d’apporter à sa sœur les compléments nutritionnels qui auraient sans doute pu la sauver. Camille a donc bien été mise au mouroir, mise au tombeau. Jusqu’à ce que ses restes mêmes disparaissent.
Enfin, dernier coup porté à l’édifice derrière lequel la famille entendait s’abriter : la maladie mentale. Certes, il n’existait pas à l’époque de traitement approprié ; mais la thèse publiée par les docteurs Sérieux et Capgras en 1909 (soit, quatre ans avant son internement) sur ce qu’on appelait alors les “délires d’interprétation”, précise que ce type de maladie ne nécessite nullement un internement asilaire, et que ces malades peuvent très bien poursuivre une vie sociale quasi normale.
Paradoxalement, son internement, et l’interdit édicté par la mère de Camille sur sa correspondance, ont sauvé bien des pièces de l’oubli ou de la destruction. Témoignage prémonitoire, ces lignes d’Eugène Blot, le fondeur de Camille, dans une lettre retenue par l’administration asilaire :
« Un jour que Rodin me rendait visite, je l’ai vu soudain s’immobiliser devant ce portrait [L’Implorante], le contempler, caresser doucement le métal et pleurer. Oui, pleurer. Comme un enfant. Voilà quinze ans qu’il est mort. En réalité, il n’aura jamais aimé que vous, Camille, je puis le dire aujourd’hui. […] Oh ! je sais bien, Camille, qu’il vous a abandonnée, je ne cherche pas à le justifier. Vous avez trop souffert par lui. Mais je ne retire rien de ce que je viens d’écrire.
LE TEMPS REMETTRA TOUT EN PLACE. »
Lettre à Camille Claudel, 3 septembre 1932.
Ces lignes, que leur destinataire n’a jamais pu lire, nous parviennent à soixante-dix ans de distance, avec les autres pièces d’un puzzle dispersées ou déformées au fil du temps, forçant la “conspiration du silence” plus ou moins délibérément orchestrée. Et on voulait encore nous faire accroire que tout avait déjà été dit...
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Sommaire
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Prélude : Camille et Paul, deux tempéraments
• Réponse de Camille au « questionnaire de Proust »
• Réponse de Paul à une variante du questionnaire
Chapitre I - À la recherche de Camille disparue
• « Morte en 1920... » : la conspiration du silence ?
• Masques & visages de Camille Claudel
Chapitre II - Sa vie, un puzzle à reconstituer
• État des lieux
• Génie–Femme–Folie
• Annexe I : Camille, féministe ?
Chapitre III - Les protagonistes de sa mise au tombeau
• Arbre généalogique (restreint) des Claudel
• Les protagonistes (par ordre d’entrée en scène)
• « La faute à Rodin ? »
• Six dessins-charge
• Annexe II : « La mère de famille » par Paul Claudel
• Annexe III : Paul, Rosalie, Ève et les autres
Chapitre IV - Préhistoire de l’enfermement
• Les « raisons » d’une déraison
• À charge : « Rodin ou l’homme de génie » par Paul Claudel
Chapitre V - Internement ou séquestration ?
• La loi du 30 juin 1838 [extraits]
• Prélude : La (re-)découverte des dossiers médicaux
• Première étape :
- - -
Ville-Évrard, 10 mars 1913 – 17 août 1914
- - - Dossier médical Ville-Évrard
- - - Lettres et témoignages I • La campagne de presse pour la révision de la Loi de 1838 et la libération de Camille
• Intermède :
La pension des Beaux-Arts... sous le masque de Rodin
• Deuxième étape :
- - -
Montdevergues, septembre 1914 – septembre 1939
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- - -
Dossier médical Montdevergues
- - -
Lettres et témoignages II
• Intermède :
Clothô, à l’image de Camille, « portée disparue »
- - - « À la recherche d’un marbre égaré » par Mathias Morhardt
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- - -
Judith Cladel à la recherche de la Clothô disparue
Chapitre VI - Dernière étape
• Bilan : Les douze stations de Paul
• « Requiescat in pace »
Bibliographie
Sources
Remerciements
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L'auteur
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Jean-Paul Morel, philosophe de formation, journaliste (notamment au Matin de Paris, de 1977 à 1987) et chercheur. Il a notamment travaillé sur Élie Faure, Antonin Artaud, Alfred Jarry, Toulouse-Lautrec et Jane Avril. Il s'intéresse aujourd'hui à Félix Fénéon. Son plus récent ouvrage publié est la biographie d'Ambroise Vollard (C'était Ambroise Vollard, Fayard, 2007).
Du même auteur :
- Élie Faure. Biographie (avec Martine Courtois), Paris, Séguier, 1988
- Ricciotto Canudo, L’Usine aux images, Paris, Séguier / Arte, 1995
- Pour un musée français d’art moderne, Paris, Séguier / R.M.N., 1996
- Vallotton, dessinateur de presse et graveur, Lausanne, P.-M. Favre, 2002
- Toulouse-Lautrec en scène, Lausanne, P.-M. Favre, 2003
- Cézanne. La peinture couillarde, Paris, Mille & Une nuits, 2006
- Lever de rideau sur Fernand Léger, Lausanne, P.-M. Favre, 2006
- Les nuits de Toulouse-Lautrec. De la scène aux boudoirs, Dinan / Paris, Musées de Dinan / Somogy, 2007
-
C’était Ambroise Vollard, Paris, Fayard, 2007
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Liens
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- Le livre vu par son éditeur, une présentation audio (lechoixdeslibraires.com)
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