14,8 x 21 cm
96 pages
ISBN : 978-2-87449-043-9
11 €
Introduction
Aux États-Unis et en Allemagne, La voix
dans le débarras / The Voice in the closet est depuis
longtemps un texte incontournable sur la Shoah. Exceptionnel par
le témoignage qu’il apporte, ce texte qui retrace
la manière dont un enfant a vécu l’enlèvement
de sa famille lors de la Rafle du Vel’d’Hiver, le
monologue de Federman se distingue aussi par son écriture
absolument inédite. Voici un texte qui ne dit pas seulement
l’indicible, mais qui le fait vivre à travers sa
forme même.
Pour Raymond Federman, qui avait quitté la
France en 1947, la publication française de ce livre-culte
était un évément biographique capital. Son point nodal, sans doute, qui devait accompagner l'auteur au seuil de la mort, comme le raconte sa fille Simone dans une lettre particulièrement émouvante.
October 6, 2009
My father died this morning. Last night I read all of "The Voice in The Closet" to him in one breath, 75 pages: one sentence. I stopped on page 61 to cry, and then we both cried at the end.
He had not been responsive for more than 24 hours, so this was especially magical. I thanked him for all the books, all the beautiful sentences, this being the most beautiful I had ever read. I thanked him for being the best father I could ever imagine. I told him he would always be my best friend. His eyebrows told me to stop crying. So I did. I told him I understood because he had taught me about laughter.
I went to bed on the pull-out couch next to his bed. I half heard his loud heavy breathing stop and roused to call my mom, who had already had a beautiful tearful last goodbye, and the nurse. He had died. We said kaddish for him at the mortuary, and he was cremated, as he wished, like his mother, father and sisters, at about noon.
We are planning to spread some of the ashes, maybe some noodles too, at his golf course, maybe even make a drop at the casino, and then bring some to France to spread at his former apartment and Le Cimetière Marin (the one in the Valéry poem he wanted me to read to him last week).
My mother and I, my sister Robin and brothers, James and Steve are planning a memorial celebration of his life in San Diego in the coming weeks, details to come.
We are okay, feeling strong. We had a really special last few weeks with him, not to mention a really special 47 to 49 years. I apologize for the group e-mail. I just wanted you to know.
Much love,
Simone
Le 6 octobre 2009
Mon père est mort ce matin. La veille je lui ai lu tout "La Voix dans le débarras" d’un seul trait, 75 pages : une phrase. Je me suis arrêtée à la page 61 pour pleurer, et ensuite on a pleuré ensemble à la fin.
Cela faisait plus de 24 heures qu'il n'avait plus réagi, c'était donc particulièrement magique.
Je l'ai remercié pour tous les livres, toutes les belles phrases, celle-ci étant la plus belle que j’ai jamais lue. Je l'ai remercié d'être le meilleur père que je puisse imaginer. Je lui ai dit qu'il serait toujours mon meilleur ami. Ses sourcils m'ont dit d'arrêter de pleurer. Donc je l'ai fait. Je lui ai dit que je comprenais parce qu'il m'avait tout appris sur le rire.
Je me suis couchée sur le clic clac à côté de son lit. J'ai entendu à demi sa respiration lourde et bruyante s’arrêter. Je me suis levée pour appeler ma mère, qui lui avait déjà dit un bel et tendre dernier adieu, ainsi que l'infirmière. Il était mort. On a dit le kaddish pour lui à la morgue et il a été incinéré, comme il l'avait souhaité, et comme sa mère, son père et ses sœurs l’avaient été, aux alentours de midi.
Nous avons pour projet de disperser quelques unes des cendres, et peut-être aussi quelques nouilles, sur son parcours de golf, de peut être même passer en laisser quelques unes au casino, et d'en apporter ensuite certaines en France pour les étendre dans son ancien appartement et au Cimetière marin (celui dans le poème de Valéry qu'il a voulu que je lui lise la semaine dernière).
Ma mere et moi, ma soeur Robin and frères James and Steve allons organiser une célébration commémorative de sa vie à San Diego dans les semaines prochaines, les détails suivront.
Nous allons bien. Nous venons de passer quelques semaines vraiment magnifiques avec lui, sans compter 47 à 49 années non moins magnifiques. Veuillez m'excuser pour cet e-mail de groupe.
J'ai juste voulu vous mettre au courant.
Je vous embrasse,
Simone
Le livre
Pour le soustraire aux Nazis, une mère
cache son enfant dans un placard. C’est depuis ce lieu à
la fois excitant et angoissant que l’enfant-narrateur va
pouvoir suivre sans oser bouger l’arrestation de ses parents
et de ses sœurs, qu’il ne reverra jamais. Dans un bref
récit écrit simultanément en anglais et en
français, Raymond Federman restitue, sous la forme d’un
monologue halluciné, cet événement clé
de sa vie dont il conjure le traumatisme par une violence verbale
jamais vue et surtout jamais entendue dans un récit de
survivant.
Comme l’écrit Marc Avelot,
dans une préface éclairante, "la grande
force de Raymond Federman est de conjoindre les chaos dans un
récit qui s’élabore comme une sorte d’art
poétique de l’horreur. Si l’on veut bien aborder
le livre sous cet angle, il s’offre, à la charnière
de James Joyce et de Pierre Guyotat, comme un des textes majeurs
du XXe siècle." Maurice Roche ne s’y est
pas trompé en dédiant à Raymond Federman
un de ses textes les plus effervescents, Échos.
Un retour dans le débarras
L'auteur
Raymond Federman (1928-2009) est néà Paris, dans une famille ouvrière juive. En 1942, ses parents et ses sours sont enlevés dans la rafle du Vél d'Hiv et transportés à Auschwitz, où ils meurent sans laisser de traces. Caché dans un placard par sa mère au moment de l'intrusion des policiers, l'enfant survit miraculeusement. Il passera le reste de la guerre à la campagne. Après la guerre, il se décide à partir aux États-Unis où, poussé par la faim, il se porte volontaire pour aller se battre en Corée. Ayant brusquement découvert l'écriture, il entame ensuite une double carrière d'universitaire et de romancier. Très marqué par la tradition de littérature orale et des rythmes du jazz, qu'il continue à pratiquer en amateur plus qu'éclairé, il racontera dans presque tous ses romans le choc culturel ressenti par le pauvre immigré et sa difficile insertion dans la société américaine. Auteur d'une ouvre vaste et protéiforme, mais toujours d'inspiration autobiographique, Raymond Federman a dirigé aussi le Cahier de l'Herne consacré à son ami Beckett et consacré de nombreux essais à la réinvention permanente du genre romanesque.
À l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, les hommages se multiplient aux États-Unis, où on le considère comme un de ceux qui ont révolutionné le roman contemporain. Auteur résolument bilingue, Raymond Federman est cependant resté longtemps inconnu en France. Les versions françaises de ses grands textes ne sont venues qu'après le succès de la première édition de LaVoix dans le débarras aux Impressions Nouvelles, en 2002.
La presse
"Ce monologue presque claustrophobe - une longue et unique phrase, dénuée de ponctuation - et aux contraintes toutes oulipiennes, constitue, comme [l'écrit Raymond Federman], le coeur de son oeuvre. Un texte majeur, refusé pourtant par presque tous les éditeurs américains, dont l'un trouvera quand même le culot de lui dire à peu près ceci : Nous trouvons ce texte trop intelligent pour que puisse être envisagé un quelconque succès commercial.
(...) Mais de tout cela, Raymond Federman rit. Car c'est le rire qui l'a sauvé de ce qu'il appelle cette énormité impardonnable qu'est la Shoah. Le rire et l'écriture."
Émilie Grangeray, Le Mondedes Livres (lire l'article)
10 juillet 2008
"Dans La Voix dans le débarras, écrit simultanément en anglais et en français, ce qui frappe c'est le contraste entre la forme matérielle du texte et ce texte.
Casse à l'intérieur - intérieur du placard | enfant dans le placard - syntaxe phrases, narration, chaos, turbulences mais enserrés orthonormiquement, blocs quasi carrés, cadrés, justifiés, lignes impeccables, parois de la tombe-issue. Inside, déconstruction de la raison et court-circuit du principe temporel de la narration. Et cette double rédaction en français et en anglais par le poète même. Des différences ; elles sont éclairantes. Double langue pour la dichotomie, adultes/enfant, sauvé/exterminés, pour aucun centre stable, deux voix, la sienne, la leur, fondues."
Ouvres écrites en français :
Amer Eldorado (1974) La fourrure de tante Rachel (2001) Amer Eldorado 200/1 (2003) Chut(éditions Léo Scheer, 2008)
Ouvres écrites en langue anglaise :
Journey into Chaos: Samuel Beckett's Early Fiction (1965) Among the Beasts / Parmi Les Monstres (1967) Samuel Beckett, His Works and His Critics: An Essay in Bibliography (1970) avec John Fletcher Double or Nothing / Quitte ou double (1971) Me Too (1975) Surfiction: Fiction Now and Tomorrow (1975) Take It Or Leave It (1976) The Twofold Vibration (1982) To Whom It May Concern (1990) Now Then / Nun denn (1992), poèmes Critifiction: Postmodern Essays (1993) Smiles on Washington Square (1995) The Supreme Indecision of the Writer: The 1994 Lectures in Turkey (1995) Loose Shoes (2001) The Song of the Sparrow (2002) Here and Elsewhere: Poetic Cul de Sac (2003) The Precipice and Other Catastrophes (2003) My Body in Nine Parts (2005) The Twilight of the Bums avec George Chambers
Ouvres bilingues :
The Voice in the Closet / La voix dans le débarras (1979) (réédition en 2008 aux Impressions Nouvelles)
Liens
- Le site officiel de Raymond Federman
- Le blog de Raymond Federman