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	<title>Les Impressions Nouvelles</title>
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		<title>actuARCHIPELTINTIN-2012-02-22</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 11:05:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charlotte Heymans</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rencontre de Benoît Peeters, Jean-Marie Apostolidès et Pierre Sterckx, trois des auteurs de L&#8217;Archipel Tintin, au Centre Pompidou. Cliquez ici pour découvrir la vidéo.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Rencontre de <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/benoit-peeters/">Benoît Peeters</a>, <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/jean-marie-apostolides-2/">Jean-Marie Apostolidès</a> et <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/pierre-sterckx/">Pierre Sterckx</a>, trois des auteurs de <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/archipel-tintin-reedition/"><em>L&#8217;Archipel Tintin</em></a>, au Centre Pompidou. <a href="http://www.dailymotion.com/video/xome2u_selon-benoit-peeters-nouvelles-metamorphoses-de-tintin_creation">Cliquez ici</a> pour découvrir la vidéo.</p>
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		<title>La bande dessinée : un nouvel âge d&#8217;or créatif</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 10:35:59 +0000</pubDate>
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De la ligne claire de Tintin aux blogs BD qui prolifèrent sur la toile, la bande dessinée a fait du chemin. Désormais, elle touche à tout et s&#8217;adresse à un large public. Entretien avec le scénariste Benoît Peeters, pour dessiner les contours d&#8217;un ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>De la ligne claire de </strong><em><strong>Tintin </strong></em><strong>aux blogs BD qui prolifèrent sur la toile, la bande dessinée a fait du chemin. Désormais, elle touche à tout et s&#8217;adresse à un large public. Entretien avec le scénariste Benoît Peeters, pour dessiner les contours d&#8217;un médium en plein essor.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> La bande dessinée a diversifié ses supports, ses formes, et ses thèmes. Est-il encore possible de la définir ?</strong></p>
<p>Pendant longtemps, on a associé la bande dessinée à l&#8217;enfance et au comique. Depuis 20 ans, cette définition n&#8217;a plus de sens. La bande dessinée adulte est plus présente aujourd’hui que la bande dessinée jeunesse, et la bande dessinée sérieuse l&#8217;est davantage que la bande dessinée humoristique. Autre phénomène frappant : ces dernières années, la bande dessinée s&#8217;est internationalisée, alors que les trois principales traditions – franco-belge, japonaise et américaine – avaient longtemps vécu de manière autonome. L&#8217;été dernier, j&#8217;étais invité à un festival à Taïwan, et je présentais des tendances récentes de la bande dessinée européenne. Quand j&#8217;ai montré des images de Bastien Vivès, un jeune auteur très en vue ici, les réactions du public ont été immédiatement positives. Les sensibilités graphiques passent les frontières et Internet en est devenu un vecteur. Craig Thompson <em>(Blankets, Habibi), </em>par exemple, emprunte à toutes les traditions. Il est autant influencé par l&#8217;Américain Will Eisner <em>(The Spirit, Un bail avec Dieu) </em>que par des auteurs européens. Quant aux supports, la bande dessinée fut pendant longtemps cantonnée à la presse et au livre. Aujourd&#8217;hui, la part de la presse a considérablement décru et le livre a changé dans ses formats, sa pagination, et sa présentation. Parallèlement, d&#8217;autres supports, comme les blogs, les sites Internet, et les tablettes, sont apparus.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Cependant, je ne pense pas que toutes ces mutations aient profondément modifié la nature du médium. Au contraire, je suis frappé par le fait qu&#8217;une forme née au XIX<sup>e</sup> siècle se soit maintenue dans ses structures de base : la division des images, la synthèse du mouvement, la présence du texte dans des bulles ou sans bulles, le blanc entre les vignettes&#8230; Entre une bande dessinée de Winsor McCay <em>(Little Nemo)</em><em> </em>au début du XX<sup>e</sup> siècle et une autre de Chris Ware <em>(Jimmy Corrigan) </em>au début du XXI<sup>e</sup> siècle, je suis plus frappé par les similitudes que par les divergences.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> La bande dessinée est avant tout perçue comme un support ludique, pensez-vous qu’elle puisse être également un média efficace ?</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Je ne crois pas que la bande dessinée soit un médium ludique. Elle peut traiter de tout et n&#8217;a pas de véritables limites : elle peut se faire grand reportage, récit intime, psychologique, onirique en même temps que polar ou récit d’aventures. Cependant, il y a un fossé entre la réalité de l&#8217;offre de la bande dessinée et les préjugés de ceux qui la connaissent mal ou la méprisent. Les contempteurs de la bande dessinée appartiennent souvent à une catégorie qui la dénigre en même temps qu&#8217;autre chose : la musique rock, le rap, Internet, la télévision, les jeux vidéo, comme formant un grand fourbi de la sous-culture. La bande dessinée n&#8217;est pas prise comme un ennemi personnel mais comme le symptôme d&#8217;une dégénérescence culturelle, où presque toutes les formes récentes ou populaires sont amalgamées.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> Les acheteurs de bande dessinée sont de plus en plus nombreux et elle est très demandée en bibliothèque. Comment expliquer cet engouement ?</strong></p>
<p>Cela s&#8217;explique principalement par le fait que de nouvelles catégories de public ont été touchées. Le médium n&#8217;est plus seulement destiné à la jeunesse ou à un public masculin, mais s&#8217;adresse à tous.</p>
<p>Bien que la bande dessinée connaisse un âge d&#8217;or créatif, et un très grand rayonnement (festivals, expositions, adaptations cinématographiques), elle traverse une crise de surproduction qui fait que les lecteurs ont de plus en plus de mal à s&#8217;orienter. Ce sont bien souvent les vieilles séries reprenant les héros d&#8217;autrefois ou des produits commerciaux d&#8217;un intérêt relatif qui se vendent vraiment, alors que la bande dessinée originale peine à trouver son public. Cette surproduction fragilise le marché franco-belge, habitué à un certain confort. Le nombre de titres ayant crû considérablement, le tirage moyen et la vente moyenne de chaque titre a diminué. Il ne faut pas oublier que l&#8217;objet bande dessinée est plus difficile et plus coûteux à produire que l&#8217;objet roman. En dessous d&#8217;un certain niveau de vente, les auteurs risquent de ne plus pouvoir vivre de la bande dessinée, et de devoir en faire un loisir ou un second métier.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> Vous avez imaginé le mot « aniconète » pour désigner quelqu’un qui ne sait pas lire une bande dessinée. Comment apprend-on à lire une bande dessinée ?</strong></p>
<p>Parfois, on entend des gens qui demandent si, lorsqu&#8217;on lit une bande dessinée, il faut d&#8217;abord lire les textes ou regarder les images. On a un peu le sentiment qu&#8217;on se  trouverait au cinéma avec quelqu&#8217;un qui dirait : « Est-ce que je dois d’abord écouter la bande son ou regarder l&#8217;écran ? ». Apprendre à lire une bande dessinée n&#8217;est pas sans rapport avec l&#8217;apprentissage d&#8217;une langue étrangère chez le petit enfant, et chez l&#8217;adulte. Un enfant qui est soumis à un bilinguisme précoce (la langue de la maison et la langue de l&#8217;école) va assimiler assez naturellement toutes sortes de mécanismes. Un adulte essaie d&#8217;entrer dans la langue étrangère par les codes, et redescendre du code à la pratique est souvent laborieux. Pour la bande dessinée, l&#8217;enfant semble produire très vite cette synthèse, peut-être parce qu&#8217;il pénètre dans la bande dessinée par l&#8217;image et que peu à peu le texte s’ajoute à sa lecture. Il fait des allers-retours instantanés entre la page, la case, la bulle. Certains adultes, qui n&#8217;ont pas eu cette familiarité enfantine avec le médium, continuent à se battre avec le mode d&#8217;emploi.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> À travers vos métiers de scénariste de bande dessinée, d’écrivain, et de réalisateur, vous avez abordé le récit de trois manières différentes. Quelle est selon vous l’approche la plus immédiate ? En quoi le travail de scénariste de bande dessinée est-il spécifique ?</strong></p>
<p>Mon outil a toujours été l&#8217;écriture, qu&#8217;elle soit autonome ou conçue pour l&#8217;image. Quand je travaille avec un dessinateur, mon récit est pensé en fonction de lui, et de ses envies. Certains dessinateurs aiment bien garder une grande indépendance ; ils préfèrent que le scénariste ne leur donne pas trop d’indications afin qu&#8217;ils se réapproprient la matière narrative. D&#8217;autres, au contraire, aiment que le dialogue soit très poussé, que les ambiances, la mise en scène, la mise en pages soient réellement discutés ensemble. Ces questions sont inséparables pour moi d&#8217;une réflexion sur la création en collaboration, sujet qui me passionne et auquel j’ai consacré un livre (<em>Nous est un autre</em>, écrit en collaboration avec Michel Lafon).</p>
<p>J&#8217;ai employé, dans le dernier chapitre de <em>Lire la bande dessinée, </em>l&#8217;expression « l&#8217;écriture de l&#8217;autre » pour qualifier le travail de scénario. Je ne peux pas concevoir les <em>Cités obscures</em> sans le dessin et la personnalité de François Schuiten. Ni le travail avec Frédéric Boilet – pour <em>Love Hotel</em>, <em>Tokyo est mon jardin </em>et <em>Demi-Tour – </em>sans son dessin et sa sensibilité particulière. À mes yeux, il y a au moins trois pôles dans le scénario : la construction de l&#8217;intrigue, l&#8217;écriture des dialogues et la relation à la visualisation. Dans mon cas, ce troisième volet est fondamental, et constitue une grande partie de mon plaisir. Un plaisir différent de l&#8217;aboutissement d&#8217;un projet solitaire.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> Dans une présentation de l’exposition Archi et BD </strong><strong>(Cité de l’architecture &amp; du patrimoine, 2010)</strong><strong>, vous dites que la bande dessinée, par l’architecture et les objets qu’elle présente, « acclimate la modernité dans la vie quotidienne ». Avez-vous des exemples dans la bande dessinée actuelle ?</strong></p>
<p>La bande dessinée a très souvent joué avec des éléments au moment où ils apparaissaient, comme si dessiner un objet ou une architecture moderne les rendait brusquement visibles ou assimilables. C&#8217;est frappant dès Rodolphe Töpffer (1799-1846) avec le télégraphe, mais aussi dans <em>Little Nemo</em> avec les dirigeables, ou dans Tintin avec le poste de télévision, présent dès la première version de <em>L’Ile noire</em> en 1937. C’est plus manifeste encore chez Franquin. Je me demande si la bande dessinée actuelle est toujours aussi en prise sur ces éléments-là. François Schuiten dit toujours qu&#8217;il n&#8217;aurait pas de plaisir à dessiner une voiture, un ordinateur, ou un téléphone mobile d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Dans la bande dessinée, il y a une composante très contemporaine mais aussi une composante nostalgique très forte, qui m&#8217;agacent un peu. Par la relation privilégiée qu&#8217;elle a avec l&#8217;enfance, la bande dessinée semble favoriser une attitude un peu régressive. Les résurrections de héros donnent parfois le sentiment que la bande dessinée s&#8217;oriente vers la collectionnite. C&#8217;est un trait commun que la bande dessinée partage avec la chanson : n’importe quel tube, même dénué d&#8217;intérêt, finit par devenir supportable après un certain nombre d&#8217;années, parce qu&#8217;il ravive des souvenirs et des émotions. La bande dessinée a son versant collection de timbres, sa pente philatélique, qui quelquefois la pousse à regarder en arrière plutôt que d&#8217;aller vers l&#8217;avant, à rééditer sans fin des séries moyennes, à rechercher des premières éditions originales, à fétichiser les planches originales.</p>
<p>Quelquefois les auteurs arrivent à tirer parti de cette nostalgie, comme ce fut le cas pour Emile Bravo, dans l&#8217;album de Spirou <em>Le journal d&#8217;un ingénu</em>, où la manière de revisiter le mythe inclut la réflexion. C&#8217;est une nostalgie élaborée, retravaillée. Mais bien souvent, c&#8217;est purement complaisant, opportuniste ou mercantile.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> Comment imaginez-vous l&#8217;avenir de la bande dessinée ?</strong></p>
<p>Je crois que son devenir est d&#8217;abord du côté du papier. Bien sûr, des formes de lecture sur tablette ou via des blogs vont se développer et occuper une partie du marché, mais il me semble qu&#8217;un plaisir particulier de l&#8217;objet et une certaine notion de la page sont constitutifs de sa définition. D&#8217;autre part, je pense que la bande dessinée peut aborder tous les genres, qu&#8217;elle n&#8217;a aucune limite statutaire. On voit l&#8217;efficacité, avec Guy Delisle ou Joe Sacco, d&#8217;une bande dessinée de reportage, ou d&#8217;essai. À la différence de l&#8217;enregistrement instantané d&#8217;une caméra ou d&#8217;un appareil photo, la bande dessinée a une capacité de mise à distance et de réélaboration du réel qui a de beaux jours devant elle. Nous venons d’éditer aux Impressions Nouvelles une superbe bande dessinée de Cava et Auladell, <em>Je suis mon rêve</em>, qui revisite certains épisodes de la Seconde guerre mondiale sur un mode tout à fait novateur.</p>
<p>Je suis assez optimiste sur la capacité du médium à aborder les cinquante prochaines années. De même que la radio a survécu à la télévision et peut donc survivre à Internet, on peut se dire que la bande dessinée n&#8217;a pas de raison de s&#8217;écrouler prochainement et garde une pertinence. Ce qui est en soi un mystère ontologique passionnant. Qu&#8217;est-ce qui fait qu&#8217;un médium ne perd pas son identité dans ses propres transformations, que quelque chose de sa nature subsiste ? La bande dessinée donne l&#8217;impression d&#8217;être une forme solide, durable, capable de se transformer sans se dissoudre.</p>
<p>Propos recueillis par Céline Bagault</p>
<p><strong>BAGAULT</strong> Céline, « Rencontre avec Benoît Peeters. La bande dessinée connaît un âge d’or créatif », mis en ligne sur <em>Scienceshumaines.com</em> le 20 février 2012, <a href="http://www.scienceshumaines.com/rencontre-avec-benoit-peeters-la-bande-dessinee-connait-un-age-d-or-creatif_fr_28387.html">http://www.scienceshumaines.com/rencontre-avec-benoit-peeters-la-bande-dessinee-connait-un-age-d-or-creatif_fr_28387.html</a>.</p>
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		<title>actuAURITA-2012-02-14</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Feb 2012 14:35:10 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/aurelia-aurita/">Aurélia Aurita</a> présente <em>Vivi des Vosges</em> dans une émission pour enfants. La vidéo est à découvrir <a href="http://www.rtbf.be/ouftivi/petits/video_vivi-des-vosges?vid=1626403">sur le site de la RTBF</a>.</p>
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		<pubDate>Mon, 13 Feb 2012 15:52:09 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Les Impressions Nouvelles seront présentes à la Foire du Livre de Bruxelles (stand 114).</p>
<p>Je 01/03, 17h-18h : <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/aurelia-aurita/">Aurélia Aurita</a> dédicace « Vivi des Vosges », « Fraise et Chocolat », etc.</p>
<p>Ve 02/03, 20h-21h : <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/rossano-rosi/">Rossano Rosi</a> signe son nouveau roman, « Stabat Pater ».</p>
<p>Sa 03/03, 11h-12h : <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/jan-baetens/">Jan Baetens</a> signe son nouveau recueil poétique, « Autres nuages » / 14h30-16h : Nils Trede dédicace son nouveau roman, « <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/le-noeud-coulant/">Le nœud coulant</a> ». <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/benoit-peeters/">Benoît Peeters</a> signe ses ouvrages, « Lire Tintin », « Villes enfuies », « La Maison Autrique », etc. / 18h-19h30 : Richard Olivier signe « <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/big-memory/">Big Memory</a> ».</p>
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		<title>Mauvaise nouvelle</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Feb 2012 10:34:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Melanie</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jour où, levant le nez d’un Plutarque ou d’un Cicéron, il se demanda quel pourrait bien être le dernier mot qu’il prononcerait de sa vie et qu’il commença, mine de rien, d’avoir des soupçons, il eut comme un flash sous les paupières. Oh ! ce ne furent pas vraiment des soupçons ! Jamais il n’aurait eu un tel courage. Ce n’était qu’une vague appréhension, normale après tout pour un homme abordant la cinquantaine avec cette conviction intime qu’il ne se trouvait qu’à mi-chemin — au pire… — de sa mort. Mais bon. On ne savait jamais. À cet âge, « la prudence est de mise » : ce furent les mots exacts que prononça son médecin, lorsqu’il répondit par un hochement de tête, grave et compassé, à la demande qu’il lui avait faite de « subir des analyses ». À vrai dire, il s’était plutôt attendu à une autre réaction… Il aurait espéré que le médecin lui rie au nez et lui assure que diable ! un homme en aussi bonne santé que lui n’avait pas besoin de « subir des analyses » ! Or, il avait eu ce hochement de tête ; et un vilain frisson lui avait parcouru l’échine.</p>
<p>Très bien… Il irait. Il subirait des analyses.</p>
<p>En s’installant dans l’espèce d’appareil spatial qui allait saucissonner tout l’intérieur de son corps, il eut à nouveau ce flash sous les paupières. C’était une ombre… une silhouette familière qui lui laissait une drôle de sensation au bout des doigts… Cet objet indistinct allait et venait de part et d’autre de la circonférence de sa conscience ; il peinait à l’immobiliser. Mais enfin il y parvint. C’était un animal en peluche — un éléphanteau — qu’une de ses vieilles amoureuses, une belle jeune fille aux boucles et aux yeux d’Anglaise, lui avait offert un 14 février, il y avait au moins trente ans. Il se souvint d’avoir trouvé ça ridicule : pas tellement le doudou, mais faire un cadeau à l’occasion du 14 février ! Mais il l’aimait tant, cette amoureuse, qu’il n’osa rien lui laisser paraître ; et il prit l’habitude de dormir avec le doudou. L’éléphanteau était en fait soyeux et confortable. Il s’y attacha, s’agrippait à sa trompe. Et lorsqu’elle le quitta, trois ans plus tard, et qu’elle emporta avec elle le doudou, en le tenant elle aussi par la trompe, la douleur de cette séparation fut d’autant plus aiguë que le doudou avait disparu de son lit et y avait laissé un grand vide. Il souffrit, pleura, en un mot : fut inconsolable. Tantôt il avait de cruels accès de cafards, tantôt il démontrait par a + b que sa vie n’aurait plus de sens. Il se jura dès lors qu’il vivrait seul et tint parole (moins du fait de cet amour perdu que du profond égoïsme de sa nature, en fait, qui n’aurait plus supporté la moindre concession). La pratique assidue des langues anciennes eut à la longue un effet antalgique sur son cœur et sa raison. Bientôt, il cessa de penser au doudou ; le souvenir de celle qu’il avait aimée se perdit au loin de son passé. Il la recroisa, des années plus tard, sur facebook, mais jamais le souvenir de ce doudou, du moins jusqu’à ce jour, ne refit surface en lui. C’était quand même curieux : il ne comprenait pas pourquoi c’était le cas aujourd’hui.</p>
<p>Dix jours plus tard, la voix grave et compassée de son médecin l’invitait à revenir à l’hôpital y chercher les « résultats » de ses « examens ». L’espace d’un instant, il oublia son âge et eut l’impression d’être redevenu un étudiant rendu anxieux par l’approche du verdict. Il tremblait, ne comprenait plus rien à Platon et le personnage de Socrate lui était devenu grotesque. Il se disait que son grand appartement était soudain bien vide et que peut-être… Soit. Il se rendit au rendez-vous.</p>
<p>Lorsqu’il sortit de l’enceinte de l’hôpital, affublé de cette fâcheuse nouvelle, une réplique de cinéma lui traversa l’esprit. Il revit Woody Allen dans <em>Hannah And Her Sisters</em> sortant lui aussi d’un hôpital, mais à New York, faisant lui aussi, mais à New York et non bêtement à Bruxelles, faisant lui aussi, comme lui-même à l’instant, ici, dans la rue Édith-Cavell, faisant des pas dans la ville qui étaient ou eussent pu être les derniers de sa vie. Un radiologue venait de lui dire, à Woody Allen, à New York, qu’il avait une tache — <em>a spot </em>— aux poumons ; il était convaincu désormais de mourir. Il entendit la voix tragi-comique de Woody Allen répéter dans les rues de New York ce mot tabou, ce mot cruel, qui faisait trembler la Terre entière et dont il se rendait compte qu’il était devenu à son tour victime. À tort. Puisqu’on apprendrait — évidemment ! — qu’il n’en était rien… Pendant une ou deux minutes, il eut ainsi l’espoir qu’il en irait de même pour lui : que ce serait comme dans une comédie de Woody Allen et que tout finirait bien. Il avait du mal à avancer, se demandait où il avait garé son automobile. Il tomba dessus presque par hasard et son mince, si mince espoir aussitôt s’envola.</p>
<p>Le procès-verbal de mauvais augure ornant son pare-brise signa son arrêt de mort. Il mourait ; il ne l’ignorait plus. « Au moins, se dit-il avec un sursaut d’ironie, cela ne servirait à rien de le payer ! » Il le déchira en mille morceaux comme il eût déchiré son propre cœur. En regardant s’envoler ces bouts de papier, il se jura de résister et de vivre, de vivre <em>normalement</em> le plus longtemps possible. Il rentra chez lui avec une certaine confiance en l’avenir. Il observa les livres qu’il n’avait pas encore eu le temps de lire ou de relire. Et tout alla très vite. Il vieillit de vingt ans en quelques semaines et se retrouva bientôt, chauve, édenté, archiridé, dans un service de soins palliatifs. Il gardait sur sa tablette un épais volume dont il ne sut dépasser la page vingt-cinq. Il ne reçut, un jour, que la visite d’une magnifique jeune fille aux boucles et aux yeux d’Anglaise qui le troublèrent miraculeusement ; elle s’était trompée d’étage, croyant arriver, un vieux doudou dans les bras, à celui de la maternité où l’une de ses grandes amies venait d’accoucher. Elle resta néanmoins avec lui une bonne demi-heure, sans doute par pitié, lui expliqua que le doudou qu’elle avait l’intention d’offrir à son amie était un cadeau de sa propre mère, le souvenir d’un vieil amour, et elle quitta la chambre à peine capable de retenir cette espèce d’angoisse terrible qui vous poigne les yeux, fussent-ils aussi bien maquillés, fussent-ils aussi troublants, à la vue d’un corps abîmé qu’enveloppe la mort, d’un corps <em>gris</em> que même la lumière la plus belle eût été incapable désormais d’éclairer. Elle lui laissa, sur un coup de tête, le doudou qu’elle comptait offrir à cette jeune mère de vingt-huit ans, à qui elle ne put s’empêcher de raconter cette visite impromptue en éclatant soudain en sanglots, au point d’effrayer le bébé et d’être chassée de la chambre par cette donneuse de vie qui ne voulait pas de l’ombre froide de la mort dans son espace vital.</p>
<p>Il serra le doudou de cette inconnue contre sa joue et se mit lui aussi à pleurer.</p>
<p>Montaigne lui était devenu inutile, et avec lui toute la philosophie antique : les leçons de Sénèque ou de Socrate s’évanouirent au contact glacial de l’Inéluctable. Il cria, hurla, oublia toute mesure, demanda qu’on arrête cette sale blague, se déclara prêt à signer un pacte avec le diable, affirma qu’il avait oublié d’éteindre la lumière dans sa chambre.</p>
<p>Sa chambre.</p>
<p>Il ne revit pas en pensée toutes les chambres de sa vie ; c’eût été trop beau ; trop romanesque.</p>
<p>Sa chambre.</p>
<p>Il mourut comme on tousse, tout bêtement, sans amis, en essayant de souffler, en vain, <em>ce mot</em> à travers l’air, <em>le dernier mot de sa vie</em> qui ne voulut jamais sortir de sa bouche et y resterait coincé à l’insu de tous, à l’insu de soi. Sa chambre.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><em>Le nouveau roman de Rossano Rosi, <a href="http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/stabat-pater/">Stabat Pater</a>, vient de paraître en février 2012. Une écriture brillante et ironique à découvrir, dans la lignée de Boris Vian et Raymond Queneau.</em></p>
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		<title>Politique de la poésie</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 13:18:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions — Jan Baetens]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Poésie et politique font aujourd&#8217;hui mauvais ménage. Le problème, toutefois, n&#8217;est pas dans la conjonction &laquo;&nbsp;et&nbsp;&raquo;: les exemples abondent de poésie politique, de poèmes-interventions, de poètes à la tribune. Le problème est plus dans les mots qui cherchent ici à se conjoindre: on ne sait plus ce qu&#8217;il faut penser d&#8217;un mot comme &laquo;&nbsp;politique&nbsp;&raquo;, et la &laquo;&nbsp;poésie&nbsp;&raquo; a honte d&#8217;elle-même, elle n&#8217;ose en tout plus se croire capable de faire la différence dans la vie de la cité.</p>
<p>L&#8217;initiative des éditions de <em>La Fabrique</em>, mieux connues pour leur lutte en faveur d&#8217;une nouvelle politique que pour son amour du mètre et de la rime (ou de leur contestation dans la poésie moderne), est donc courageuse: inviter des poètes contemporains, plus exactement des poètes que le mot de &laquo;&nbsp;poésie&nbsp;&raquo; fait fuir et qui sans exception refusent d&#8217;aligner leur travail sur les contraintes de la poétique traditionnelle (Bailly, Gleize, Hanna, Jallon, Joseph, Michot, Pagès, Pittolo et Quintane), à dire le besoin de politique de toute écriture digne de ce nom.</p>
<p>Le résultat: <em>Toi aussi, tu as des armes</em>, un petit livre (petit quant au format, car ayant tout de même 200 pages) dont le titre est un emprunt à Kafka et qui pose efficacement quelques jalons de la rencontre entre poésie et politique.</p>
<p>Comment se présente une telle démarche? À quoi ressemble une poésie politisée aujourd&#8217;hui? La réponse est essentiellement négative d&#8217;abord. Une telle écriture ne se trouve pas dans le contenu des textes, ou très peu: le poème n&#8217;est pas un document, ni un témoignage (ce serait la version vieillotte de l&#8217;engagement que l&#8217;on n&#8217;a cessé de critiquer depuis <em>Le Degré zéro</em> de Roland Barthes). Elle n&#8217;est pas non plus dans la seule forme, dont se chercheraient des structures inédites, irrécupérables pour les besoins de la communication, c&#8217;est-à-dire de l&#8217;échange marchand (ce serait la version plus récente de l&#8217;engagement, typique des avant-gardes des années 60-80, dont tous les auteurs rassemblés dans ce recueil s&#8217;accordent à constater les limites, celles de l&#8217;esthétisme).</p>
<p>Ce qui se poursuit, c&#8217;est par contre le dispositif, soit le montage-collage de fragments du réel dont le réagencement permet une intervention dans le corps social, mais dans un temps et un espace déterminés. La poésie politisée ne fonctionne que hic et nunc: elle doit servir, mais sa validité est limitée. Dans ce contexte de dispositif-performance ou de dispositif-événement, forme et contenu peuvent alors revenir, l&#8217;une et l&#8217;autre retrouvant leur justesse, qui est fonction de leur nécessité Leçon à retenir par n&#8217;importe quelle poésie, d&#8217;ailleurs, qui se politise à force d&#8217;être réclamée.</p>
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		<title>Le (bon) roman en vers existe</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 11:31:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions — Jan Baetens]]></category>
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		<description><![CDATA[Le roman en vers est un de ces genres qui semble condamné, à l&#8217;une ou l&#8217;autre exception près (Pouchkine, et sans doute Nabokov dans Feu pâle),  à rester une case vide sur l&#8217;échiquier des possibles littéraires. Les tentatives existent, l&#8217;idée du roman en vers continue ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le roman en vers est un de ces genres qui semble condamné, à l&#8217;une ou l&#8217;autre exception près (<em>Pouchkine</em>, et sans doute Nabokov dans <em>Feu pâle</em>),  à rester une case vide sur l&#8217;échiquier des possibles littéraires. Les tentatives existent, l&#8217;idée du roman en vers continue à fasciner, il y a sans doute une place à prendre, mais la pratique est plus rude et plus impitoyable que la théorie.</p>
<p><em>Autobiography of Red</em> (Toronto, Vintage Canada, 1998) n&#8217;en est dès lors qu&#8217;un texte plus intrigant. Qu&#8217;un auteur aussi important que Carson, une des voix majeures de la poésie canadienne contemporaine, se risque à écrire dans un genre aussi maudit, relève d&#8217;un culot énorme, que renforce le choix d&#8217;un thème difficile: la transposition à l&#8217;époque moderne de la vie d&#8217;un héros antique, le monstre Géryon, celui qu&#8217;évoque le mythe d&#8217;Hercule. &laquo;&nbsp;Rouge&nbsp;&raquo; est le nom du personnage central, mais il ne ressemble pas &laquo;&nbsp;littéralement&nbsp;&raquo; à Géryon, le monstre doté de trois têtes, six bras et trois corps joints à la taille, tué par Hercule qui put ainsi s&#8217;emparer de son troupeau de bœufs et accomplir le dixième de ses travaux . Cependant, Rouge n&#8217;en est pas moins monstre, mais aujourd&#8217;hui et au Canada (Géryon vivait à l&#8217;extrémité occidentale du monde connu).</p>
<p>Comme toujours, Carson, qui fut professeur de grec, notamment  à l&#8217;université McGill (Montréal), prend soin d&#8217;expliquer ce qu&#8217;elle fait, et comment et pourquoi. Loin de bâillonner l&#8217;expérience, ce parti pris didactique la rend possible. C&#8217;est en donnant à son lecteur le plus d&#8217;informations possible que Carson peut se permettre des manipulations (raccourcis, réinterprétations, rapprochements, anachronismes, métaphores, changements de registres, sources, traductions) d&#8217;une audace et d&#8217;une inventivité rares, que l&#8217;absence d&#8217;un discours d&#8217;escorte eût rendues gratuites, car moins compréhensibles et partant moins juste (la vraie fulgurance n&#8217;exclut pas la raison, elle gagne même à s&#8217;y appuyer).</p>
<p>Le roman en vers es possible. Mais comme le montre Carson, ce n&#8217;est pas un roman &laquo;&nbsp;en vers&nbsp;&raquo; (les affreuses rimes!), surtout pas en &laquo;&nbsp;vers libres&nbsp;&raquo;, encore moins un roman &laquo;&nbsp;poétique&nbsp;&raquo; (ce prix de consolation pour roman raté). C&#8217;est un vrai roman, mais dont le rythme (surtout) est poétique, c&#8217;est-à-dire construit, réglé, nourri de calculs, ligne par ligne, vers par vers. Mais définissons-le plutôt par l&#8217;exemple et lisons cette <em>Autobiographie de Rouge</em>.</p>
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		<title>Le bal des têtes (ou « I Wanna Be Adored »)</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 10:06:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Melanie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouvelles — Rossano Rosi]]></category>
		<category><![CDATA[auto]]></category>

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		<description><![CDATA[J’avais attendu Thomas une bonne partie de la soirée ; peine perdue, il ne viendrait plus. Baigné de musique, toujours le même morceau, un morceau datant de l’année 1989 (je n’arrivais pas à m’en défaire tant, hélas ! il me collait au cœur), mon studio exigu de ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’avais attendu Thomas une bonne partie de la soirée ; peine perdue, il ne viendrait plus. Baigné de musique, toujours le même morceau, un morceau datant de l’année 1989 (je n’arrivais pas à m’en défaire tant, hélas ! il me collait au cœur), mon studio exigu de célibataire semblait être devenu, tout à coup, gigantesque. Les affres de la semaine, les mauvaises nuits, l’irritabilité exponentielle de mon humeur, tout cela faisait en sorte que mes week-ends se passaient dans une sorte d’état comateux où l’alcool n’avait désormais rien à voir. La fatigue seule expliquait cette chose qui m’avait toujours paru jusqu’ici abstraite, mais que je touchais maintenant du doigt, de jour en jour, de semaine en semaine davantage. Le vieillissement.</p>
<p>Accoudé à la fenêtre, tandis que s’écoulait le flux des automobiles sur le boulevard Anspach, dans un concert de klaxons, de coups de frein, de hurlements, tantôt joyeux, tantôt inquiétants, les bras croisés, je regardais passer tous ces fêtards du samedi soir, sans plus espérer de Thomas.</p>
<p>« Samedi soir ? Chez toi ? Et puis… out ! » m’avait-il écrit. J’avais été surpris de recevoir un texto de Thomas ; cela faisait si longtemps. Bien sûr, de temps à autre, on se croisait, on se parlait un peu. Mais de là à se fixer une date pour une soirée… Quand était-ce donc la dernière fois ?</p>
<p>À force d’être devenu casanier, de me lasser du monde et des soirées en musique, avec l’alcool, les clopes, les franches rigolades qui ne me faisaient plus rire, j’avais poussé insensiblement Thomas, qui lui ne changeait pas, à ne plus me contacter. J’étais devenu un <em>ennuyeux</em>.</p>
<p>Je me souviens parfaitement de la première fois où j’eus cette sensation : d’être devenu un <em>ennuyeux</em>. Nous habitions encore à Saint-Gilles, Thomas et moi. Nous n’imaginions pas que nous vivrions ailleurs et nous sortions, chaque vendredi, chaque samedi, et tous les autres soirs de la semaine, comme des enragés. Puis, j’avais trouvé un boulot, un <em>travail</em>… Fixe et bien rémunéré. Mes nuits s’étaient significativement raccourcies pour me permettre de me lever à l’heure et d’attraper un métro vers 7h30 ; je rentrais tard. Quand nous allions prendre un pot, désormais je bâillais.</p>
<p>Cette sensation d’avoir basculé dans le camp des <em>ennuyeux</em>, je l’éprouvai nettement pour la première fois un matin d’hiver, alors que je traversais le parvis de Saint-Gilles pour me rendre au métro le plus proche. La nuit était toujours là, et soudain je croisai Thomas. Passablement saoul, il s’en revenait chez lui. À l’heure où je partais travailler ! J’avais encore le goût du café sur la langue ; lui avait les oreilles pleines de musique et les cheveux plein de fumée… Thomas s’en fichait pas mal de travailler ou pas. Sa philosophie ? De la musique avant toute choses ! Je l’évitai, courbant l’échine, priant pour qu’il ne me voie pas. Thomas était volontiers moqueur : il n’aurait pas laissé passer l’occasion, tout bourré qu’il était, de me brocarder. Cette fois-là, à la fin des années quatre-vingt justement, je me suis retrouvé bien loin de ces atmosphères électrico-planantes, façon « Madchester », qui nous avaient tant éblouis. <em>C’en était fini de moi.</em></p>
<p>Pourtant, il me fallut quelques années pour en arriver à ce constat. Cette rencontre n’avait été qu’un signe avant-coureur d’une évolution certes inéluctable, mais qui s’était faite par petites ruptures successives, avec des avancées dans la maladie du vieillissement et des rémissions qui laissaient croire, à intervalles de plus en plus espacés, que tout serait à nouveau comme avant et que si j’étais rentré deux ou trois fois me coucher avant minuit, la prochaine, craché / juré, je passerais toute la nuit sans encombres. Et puis… j’avais quitté Saint-Gilles… j’avais travaillé de plus en plus… je m’étais dit qu’il fallait que je m’adonne à ce travail <em>sérieusement</em>… Et je l’avais donc fait <em>sérieusement</em>… Écoutant certes encore de la musique… Dans l’autobus, le métro… Un peu chez moi… en baissant le volume pour préserver mes voisins et mon ouïe. Mon studio, dans le centre-ville, était cossu et sans le savoir ni le vouloir, je gentrifiais peu à peu ce quartier du fait de ma présence et de mon activité économique.</p>
<p>« Samedi soir ? Chez toi ? Et puis… <em>out </em>! » Le texto de Thomas m’avait laissé perplexe, ne soulevant dans un premier temps aucun enthousiasme. Pourtant, j’y avais répondu presque aussitôt. « <em>Yesss !</em> » Le jeunisme misérable de cette réponse faussement enjouée ne m’avait pas échappé au moment où je l’envoyais. Mais. C’était une façon comme une autre de signifier que j’étais content, après tout, de revoir Thomas. Surtout que je brûlais de lui montrer ma récente acquisition musicale ! Celle qui passait précisément en boucle sur ma platine depuis un bon bout de temps.</p>
<p>Mon portable sonna. Thomas. Il avait oublié mon numéro et s’était enfilé toutes les sonnettes du boulevard, sans penser, le con, qu’un petit coup de fil sur mon portable, comme de fait il le fit, aurait si aisément résolu le problème. L’explication sonnait faux : j’étais convaincu que Thomas avait dû se dire qu’un <em>ennuyeux</em> tel que moi n’aurait certainement pas laissé son portable allumé… Le soir, il faut préserver ses charentaises, n’est-ce pas ? Et c’est en désespoir de cause, tandis qu’il n’arrivait pas à retrouver ma sonnette et qu’il imaginait déjà que toute sa soirée y passerait, qu’il s’était dit qu’un petit miracle, au cas où, était possible. Deux minutes plus tard, Thomas était chez moi.</p>
<p>«”<em>I Wanna Be Adored</em>” ! Excellent. Sublime, forcément sublime. Il n’y a rien de meilleur. — Tu parles sérieusement ? — On ne peut plus sérieusement. Ce morceau est absolument génial. — Il a plus de vingt ans… — Et alors ? Mozart en a bien plus de deux cent cinquante, non ? Qu’est-ce que ça change ? — C’est vrai » approuvai-je. Le raisonnement était imparable, quoiqu’il ne me convainquît qu’à demi.</p>
<p>J’étais néanmoins pas peu fier de ma trouvaille ; je lui montrai la pochette du maxi des Stone Roses que j’avais déniché le matin même. « Aah… Ça c’est un vrai trésor… » Je ravalai ma salive. Thomas, question disques et musique, était une référence absolue. Les murs de son appartement et les fonds de ses armoires en témoignaient aisément : il possédait à lui seul plus de disques, vinyles ou cd, que le royaume entier. Il ne se contentait pas de les posséder : il les connaissait tous ! À la seconde, il aurait pu dire combien il en avait, où il avait déniché celui-ci ou celui-là, combien il lui avait coûté… Thomas avait en musique une folie encyclopédique, un savoir digne de Pic de la Mirandole. Mais ce maxi des Stone Roses… Ha ! Il ne le possédait pas !</p>
<p>Je remis le précieux objet dans sa magnifique pochette ; les yeux de Thomas scintillaient dans la pénombre. Nous sirotions tous deux une vodka glacée, évoquant ces années d’il y a plus de vingt ans.</p>
<p>« Quel serait, pour toi, le disque idéal ? lui lançai-je tout à trac. — Le disque idéal ? » Il réfléchit quelques secondes. « Sans hésiter, me dit-il en pointant du doigt le maxi des Stone Roses que je venais de poser sur la table du salon, un triple album d’une soixantaine de versions, par les Stone Roses et par d’autres, par des dizaines d’autres, de cette magnifique, sublime, forcément sublime, éternelle chanson : “<em>I Wanna Be Adored</em>”. » Ses narines frémissaient. Il vida sa vodka d’un trait, s’en resservit une autre et posa sa main sur la pochette du disque. « Soixante-neuf fois la même chanson ! Trente-trois versions par disque. Avec de légères, très légères variations d’une version à l’autre, qui feraient qu’on ne se rendrait compte qu’insensiblement des différences, pour en arriver au bout du compte à des voix autres, des intonations complètement étrangères à la première version qui nous feraient soudainement voir, comme un flash, tout le chemin parcouru. <em>Une évolution progressive vers l’altérité</em>, articula-t-il<em>.</em> Un travail d’orfèvre, touche par touche, trait par trait. Voilà ! L’altération insensible qui se cristallise tout à coup en altérité. — Ah oui ? » Je n’avais rien trouvé d’autre à dire.</p>
<p>Je réprimai un bâillement.</p>
<p>« On y va ? — Où donc ? — S’éclater. — S’éclater ? — Il y a une fête chez Ginette et compagnie. » Ginette et compagnie ! Ginette et compagnie ! Comme ces noms, naguère si banals, à les entendre ce soir, comme ça, dans la conversation, comme si de rien n’était, m’étaient devenus étrangers ! Tout à coup, je compris ce que Thomas avait voulu dire en évoquant le triple album idéal de « <em>I Wanna Be Adored</em> »… Une « évolution progressive vers l’altérité ».</p>
<p>Nous entrâmes chez Ginette et compagnie. Il y eut des cris quand on s’aperçut que c’était bien Thomas.</p>
<p>Nous avancions à travers des vagues bleues de fumée et de musique. Ginette et compagnie écoutaient leur musique complètement à fond, peut-être parce que tous étaient devenus avec l’âge un peu sourds. Alors qu’avant, dans ce genre de soirées, il y avait comme une souplesse, une grâce à se parler doucement malgré l’atmosphère ambiante, tous criaient maintenant comme s’ils adressaient la parole au professeur Tournesol.</p>
<p>Un groupe de danseurs monopolisait le centre du salon, s’adonnant à une série d’acrobaties grotesques.</p>
<p>Les bourrelets sautillaient sous les pulls ou les chemises ; les joues rougeaudes tressautaient et semblaient se défaire à chaque seconde davantage ; les cuisses et les fesses, molles, s’aplatissaient comme des limaces quand elles se heurtaient les unes aux autres ; les poitrines roulaient jusqu’aux rotules.</p>
<p>Cependant, c’était clair comme le jour : chaque danseur croyait s’être fait une tête de vingt ans. À voir cette espèce de concentration dans l’extase que tous affichaient en se dandinant comme des dindons, nul doute que tous croyaient avoir retrouvé — ou mieux : n’avoir jamais quitté — l’énergie de leurs vingt ans.</p>
<p>Qu’est-ce que j’étais venu faire dans cette soirée ? Qu’est-ce que Thomas avait eu en tête en me faisant venir ici ? Je le compris un peu plus tard lorsque je surpris une conversation entre deux membres de cette coterie de fêtards qui faisaient état d’un <em>pari</em>. Thomas avait parié, je ne sais plus combien, de toute façon ça n’avait pas d’importance, qu’il ressusciterait un <em>ennuyeux</em> d’entre les morts et le convierait à l’une de leurs soirées. Pari gagné : j’étais là.</p>
<p>Je profitai d’un incident pour m’éclipser. Une pogoteuse de cinquante ans bien faits était mal retombée sur un accord, justement, des Stone Roses, et s’était malencontreusement foulé la cheville. Elle poussait des glapissements chevrotants qui attirèrent autour d’elle une petite foule empressée. Je fis un salut discret à Thomas, auquel il répondit par un clin d’œil et un signe qui semblait vouloir dire qu’il me rappellerait un de ces quatre.</p>
<p>Je ris sous cape, je songeais déjà à mon lit. Pourtant, j’ouvris la fenêtre et m’assis quelques instants dans mon sofa.</p>
<p>Un air frais, l’air frais d’une belle fin de nuit, pénétrait jusque sur mon front et me le caressait avec douceur.</p>
<p>Je me resservis une vodka. Et c’est en reposant la bouteille sur la table du salon que je constatai que mon disque des Stone Roses avait disparu.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Où en est la poésie le 8 mai 1940?</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 13:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions — Jan Baetens]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;Amateur de poèmes, neuvième volume de la collection &#171;&#160;Métamorphoses&#160;&#187; dirigée par Jean Paulhan, est un recueil de textes traduits de diverses langues par quelqu&#8217;un qui se présente modestement comme un amateur de poèmes (et le fait d&#8217;utiliser &#171;&#160;poèmes&#160;&#187; au lieu de &#171;&#160;poésie&#160;&#187; est un autre ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&#8217;Amateur de poèmes</em>, neuvième volume de la collection &laquo;&nbsp;Métamorphoses&nbsp;&raquo; dirigée par Jean Paulhan, est un recueil de textes traduits de diverses langues par quelqu&#8217;un qui se présente modestement comme un amateur de poèmes (et le fait d&#8217;utiliser &laquo;&nbsp;poèmes&nbsp;&raquo; au lieu de &laquo;&nbsp;poésie&nbsp;&raquo; est un autre signe de discrétion) . Cet amateur s&#8217;appelle Jean Prévost, et l&#8217;on se rappelle du beau livre d&#8217;hommage à cet écrivain mi-célèbre, mi-oublié, par Jean-Pierre Longre et William Marx, <em>Jean Prévost aux avant-postes</em>). Dans une vente publique, je retrouve, pour trois euros, un exemplaire de l&#8217;édition originale, aujourd&#8217;hui intégrée à un autre volume, Derniers poèmes, non réimprimé depuis 1991.</p>
<p>L&#8217;achevé d&#8217;imprimer laisse rêveur: le 8 mai 1940, peut-être le dernier livre publié par Gallimard avant le déclenchement des hostilités?  Il souligne aussi le poids ‒et l&#8217;intelligence‒ de ce que Jean Prévost dit sur la situation de la poésie dans les derniers jours de la drôle de guerre. Notre époque, dit l&#8217;amateur, manque de poètes, et même doublement: d&#8217;abord parce qu&#8217;il n&#8217;y en a plus (les poètes ont oublié  ce qu&#8217;est la poésie, car à l&#8217;exception d&#8217;un Paul Valéry, ils ont renoncé à la forme et ils ne font plus que de la prose entrecoupée de blancs ‒regardez Claudel); ensuite, parce que nous avons besoin d&#8217;eux, les façons de dire existantes ne suffisant plus à dire avec un minimum de dignité les sentiments forts et neufs de ceux qui les vivent.</p>
<p><em>L&#8217;Amateur de poèmes</em> se propose de remédier à ce manque, non pas à l&#8217;aide d&#8217;une nouvelle théorie (le temps des manifestes n&#8217;est plus, ou il n&#8217;est pas encore revenu), mais au moyen de quelques exemples, et de quelques petits commentaires sur la manière dont ces exemples ont été traduits. Que faut-il en retenir, qui puisse encore nous intéresser, c&#8217;est-à-dire nous être utile, aujourd&#8217;hui? Trois choses. Premièrement: poésie savante et poésie populaire ne sont pas des forces antagonistes, mais complémentaires (&laquo;&nbsp;populaire&nbsp;&raquo;, précise Prévost, est tout le contraire de &laquo;&nbsp;vulgaire&nbsp;&raquo;, il pense évidemment à Lorca). Deuxièmement: que la poésie n&#8217;existe pas en dehors d&#8217;une forme, et que cette forme implique inévitablement la concision (il aurait pu citer aussi Paul Valéry, pour qui entre deux mots il fallait toujours choisir le moindre). Troisièmement, que cette concision n&#8217;est pas uniquement question de brièveté ou d&#8217;absence de longueur, mais qu&#8217;elle résulte aussi du jeu de plusieurs paramètres (les accents ou la sonorité sont tout aussi importants que le nombre de lettres ou de syllabes).</p>
<p>Et tout cela illustré par des traductions d&#8217;auteurs qui deviendront ou resteront très connus (Prévost avait le jugement très sûr), soit anonymes (l&#8217;équivalent historique de notre street art?), comme cette jolie copla, intitulée <em>Prière</em>:</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je voudrais bien être avec vous// Comme sont les pieds de Jésus:// L&#8217;un dessous et l&#8217;autre dessus.// Entre les deux, un petit clou.&nbsp;&raquo;</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>actuADRIA-2011-12-22</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 17:21:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sebastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[actuADRIA]]></category>
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		<description><![CDATA[Un bel article autour de Ferran Adrià, l&#8217;art des mets de Jean-Paul Jouary est à découvrir sur le site de L&#8217;Express.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Un bel article autour de <em>Ferran Adrià, l&#8217;art des mets</em> de Jean-Paul Jouary est à découvrir <a href="http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/ferran-adria-l-art-des-mets-livre-hommage-au-meilleur-resto-du-monde_1062604.html" target="_blank">sur le site de <em>L&#8217;Express</em></a>.</p>
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