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Journal d'une graphomanie

Axel Hardivilliers

(épuisé)

Collection "For intérieur"

16 x 24 cm, 408 pages,
29 euros
ISBN 2-906131-27-X
EAN 9782906131279

   
 
 
Le livre
 
 

Ce livre est le rassemblement – opéré par l’auteur lui-même au sein d’un gigantesque journal intime qu’il tient depuis plus de quarante ans – de tous les fragments concernant le désir d’écriture et son assouvissement.

Il y a quelques années, une enquête sur les pratiques culturelles des Français et des Françaises a établi que plusieurs millions d’entre eux – et surtout d’entre elles – s’adonnent ou se sont adonnés à l’écriture personnelle. A ceux-là et à tous ceux que l’écriture concerne, ce Journal d’une graphomanie s’offre comme un livre irremplaçable.

Journal de recherche, peut-être, mais construit par soustraction, en prélevant dans une montagne d’écriture intime ce qui concerne le thème de la recherche elle-même. Autrement dit, ce livre n’a pas été pensé ni écrit comme tel. C’est ainsi qu’il faut comprendre, voire excuser, ses excès d’ambition, ses démonstrations d’humilité, et surtout ses récurrences, car malgré la mobilité de son esprit, l’auteur revient inlassablement sur certaines idées sensibles ou maniaques pour les creuser encore, ou pour s’en donner l’illusion, en tout cas pour être certain d’être allé le plus loin possible.

Quant au fond de l’ouvrage, il est le récit des aventures mentales d’un graphomane à la recherche de sa graphomanie. Recherche un peu fastidieuse par ses obsessions monocolores, recherche pragmatique variant ses points d’appui. L’intérêt est soutenu par le grain serré du texte, la rumination précautionneuse de la substance, la vivacité foudroyante de certaines formules. Est-on jamais allé aussi loin dans le vertige spéculaire ?

 
     
 
Extrait
 
 

3 février
Il y a, dans le recours à ces pages que j’écris, un rythme qui me domine et que je cherche à comprendre. Ecrire m’assure une perspective et une identité, et, à ce double titre, remplit une fonction aussi vitale que la chasse, l’érotisme ou l’art. Ne pas le faire me donne, après un certain délai, un malaise. Le faire m’apporte un peu d’accomplissement. Dans ce domaine, je n’ai jamais étudié ma fréquence, mais, pour la première fois, je vais le faire. Depuis le 25 novembre 1979, date d’ouverture de ce cahier, il y a eu 71 journées, et j’ai noté quelque chose pour 53 d’entre elles, ce qui me paraît une fréquence élevée, due au nombre de mes voyages, qui sont des moments favorables, et à mon séjour privé en Sicile, qui a été intensément vécu. Pendant la même période, j’ai rempli 86 pages, ce qui fait apparaître, par journée de recours à l’écriture, une moyenne sensiblement plus élevée que ce que je croyais. Enfin, mon parcours est visiblement influencé par la dimension de la page, car j’ai terminé en bas de page 47 de mes 53 séances de notation, soit en contractant, soit en allongeant mon propos, ce qui m’invite, naturellement, à terminer ici même cette page de narcissisme statistique.

5 février
Il y a eu un temps, après les contraintes du lycée en matière de cahiers, où écrire sur des feuilles volantes était pour moi un grand plaisir. M’y voici allergique depuis des années, naturellement lorsque j’écris pour moi, car dans mon activité professionnelle la feuille libre est la pratique constante, et je n’ai guère tenu longtemps dans mon expérience d’un cahier de notes techniques. Si je préfère le cahier, relié de préférence, c’est parce qu’il me dispense de tout souci de classement ou rangement ; c’est parce que sa manutention est simple et qu’on ne peut rien perdre, égarer, laisser glisser à cette occasion ; c’est parce que le format est plus petit (je ne me vois pas, en revanche, écrire sur des feuilles volantes de ce format) ; c’est enfin parce qu’un cahier est un objet et ressemble, en ceci, à un livre, dont il est l’imitation artisanale et donc luxueuse. Le besoin d’écrire des livres avec lesquels on ait une communication sans égale se satisfait de cahiers conservant un peu de la substance du moi.

12 février
C’est par hasard que j’ai retrouvé, au magasin d’Habitat où j’étais venu pour d’autres raisons, le modèle anglais de cahier que j’utilisais depuis des années avant d’aboutir, par pénurie, à celui-ci. J’en ai naturellement acheté quelques uns pour mes réserves dont la vue, à Paris et à la campagne, me donne une grande satisfaction. Mais j’ai maintenant pris goût à ce modèle plus large, qui ne m’oblige pas à aller trop souvent à la ligne, et dont je suis sûr qu’il me permet d’allonger un peu mes phrases.

14 février
Mon idée de reprendre mes notes de 1949-50 m’attire et m’angoisse. Je m’interroge sur mes mobiles. Revivre un passé déjà lointain ? Mesurer le degré de continuité du moi ? Approfondir mes traces ? Réfléchir sur les moments d’une année déterminante, que j’ai toujours considéré comme celle de ma libération ou de mon éclosion ? Traiter ces notes encore trop juvéniles comme la matière première d’une œuvre ?

 

 
     
 
L'auteur
 
 

Axel Hardivilliers est un pseudonyme. Il dissimule une personnalité célèbre qui, souhaitant qu’on apprécie son travail pour lui-même et non en relation avec une notoriété qu’il a acquise par ailleurs, a choisi de demeurer dans l’ombre.
Admirateur de Pessoa, sa stratégie de dissimulation est celle des hétéronymes : c’est ainsi que, sous le nom de Charles Chauranne, Axel Hardivilliers a déjà signé aux Impressions Nouvelles un autre volume de journal intime : Cythereus. Ce dernier volume rassemble pour sa part toutes les entrées du journal ayant trait aux femmes, à l’amour et au désir dans leur rapport à l’écriture.