Naissances de la bande dessinée

De William Hogarth à
Winsor McCay

Thierry Smolderen

24 x 33 cm / 144 pages
Nombreuses ill. en couleur
ISBN : 978-2-87449-082-8
EAN : 9782874490828
29,50 €

   
   
 
Présentation du livre par l'auteur
 
 

« En sélectionnant et en présentant les documents proposés dans ce livre, nous avons cherché à donner une idée de la richesse de l’image humoristique en Angleterre, en France, en Allemagne et aux États-Unis — une culture dont William Hogarth fut le grand précurseur au XVIIIe siècle. Pour comprendre l’évolution des formes séquentielles qui ont fait le lit de la bande dessinée moderne, leurs interactions constantes avec des formes concurrentes dont nous ne soupçonnons plus l’existence doivent être prises en compte. Les “raisons d’être” des histoires séquentielles sont multiples, et elles ne deviennent intelligibles que si l’on tient compte des solutions alternatives qui se présentaient à ces dessinateurs.

Il faut dire que la variété des expériences menées tous azimuts par les artistes humoristiques, dans ces pays et durant cette période, met à mal toute classification et suggère au contraire l’idée d’un véritable continuum. Du rébus au roman en estampes à la Töpffer, de la caricature politique à l’illustration romanesque, du feuilleton dessiné aux “macédoines” thématiques, les illustrateurs professionnels travaillant pour le ivre et la presse au XIXe siècle prennent un malin plaisir à générer des formes hybrides et à ne laisser aucun genre intermédiaire inexploré.

 

Dans ce paysage décidément bien éclectique, on comprendra qu’il ne soit pas possible de fixer a priori — c’est-à-dire axiomatiquement — les limites de notre corpus. Il ne s’agit pas non plus d’aborder ces productions comme des approximations ou des tâtonnements qui tendraient peu à peu à se rapprocher de la seule forme réellement pertinente — la bande dessinée familière et transparente du XXe siècle. Nous nous proposons de les voir, au contraire, comme des formes dynamiques qui explorent avec audace leur propre espace de possibilité. Elles se rapprochent en cela des productions qui depuis une vingtaine d’années prolifèrent aux frontières du genre “bande dessinée” dans nos librairies.

À l’instar de nos auteurs les plus inventifs, les créateurs marquants du XIXe siècle aimaient, en effet, l’ironie et la prise de risques : ils innovaient, tout en revisitant souvent des modèles qui apparaissaient archaïques ou dérisoires aux lecteurs de l’époque. Pour donner corps aux pressentiments que leur inspiraient les transformations du temps — le progrès industriel en particulier — ils faisaient feu de tout bois. Chris Ware, aujourd’hui, ne procède pas autrement quand il emprunte aux origines du cinématographe, aux funnies et aux réclames des années 20, aux diagrammes didactiques des années 50, les bribes d’un langage polyphonique qui lui sert à décrire l’Amérique contemporaine. Ce dialogue entre la “préhistoire” de la bande dessinée et les formes les plus innovantes qu’elle prend aujourd’hui est l’une des justifications de cet ouvrage.»

Thierry Smolderen


 
     
 
Le livre
 
 

Autour de 1900, apparaît dans la presse américaine une forme pétrie d’humour et d’action que nous reconnaissons sans problème comme de la bande dessinée : le comic strip, né en même temps que le cinéma et le phonographe. Dans ce livre riche en surprises, Thierry Smolderen montre pourtant que l’origine de cette forme est beaucoup plus ancienne, et liée à une autre naissance : celle du roman moderne, qui émerge en Angleterre au cours du XVIIIe siècle. L’œuvre satirique du peintre et graveur William Hogarth a ouvert cette voie, menant à des échanges d’un genre nouveau entre l’image et les médias de l’âge moderne.

Au XIXe siècle, le courant impulsé par Hogarth est resté l’affaire exclusive d’un groupe particulier de dessinateurs, les illustrateurs humoristiques, qui mettent leur immense culture de l’image au service de la parodie, en cultivant l’art de l'hybridation stylistique. Fascinés par le graffiti, le dessin d’enfant et les images marginales, ils sont les premiers à s’emparer des médias émergents, qu’ils schématisent et combinent dans une perspective ironique. Depuis Rodolphe Töpffer, ils prennent aussi un malin plaisir à interroger les idiomes séquentiels du monde industriel à partir du passé naïf des histoires en images populaires. La bande dessinée moderne s’est forgée dans ce creuset résolument polygraphique qui n’a manqué aucune des révolutions majeures menant à l’âge audiovisuel.

Cet ouvrage – qui constitue aussi une véritable anthologie – éclaire donc de manière surprenante les pièces d’un puzzle que nous croyions pourtant si bien connaître : loin d’être orpheline, la bande dessinée y apparaît comme la principale héritière d’une culture de l’image lisible aussi ancienne que l’image imprimée. La bulle, la ligne claire, l’action progressive, la mise en abîme ironique et jusqu’à la physique délirante des toons l’inscrivent dans une généalogie beaucoup plus riche que ne le soupçonnent les auteurs eux-mêmes. Son dialogue initial avec le roman d’avant-garde du XVIIIe siècle et le livre romantique, sa longue cohabitation avec les rythmes de la presse illustrée, sa symbiose avec le cinéma en font même l’ouvroir potentiel de l’image contemporaine par excellence.

 
     
 
Sommaire
 
 

CHAPITRE 1 - William Hogarth, les images qui se lisent
CHAPITRE 2 - Graffitis et petits bonshommes
CHAPITRE 3 - Les romans arabesques de Rodolphe Töpffer
CHAPITRE 4 - Vingt-cinq ans de romans en estampes
CHAPITRE 5 - L'évolution dans la presse, entre institution et attraction
CHAPITRE 6 - A.B. Frost et la révolution photographique
CHAPITRE 7 - Du label à la bulle
CHAPITRE 8 - McCay, le dernier baroque

 
     
 
L'auteur
 
 

Scénariste et théoricien, professeur à l’École Européenne Supérieure de l’Image, Thierry Smolderen est l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’histoire de la bande dessinée. Il a publié de nombreux essais dans des revues françaises (comme 9e Art) et américaines (comme Comic Artl). Les bases théoriques nouvelles sur lesquelles reposent ses recherches lui ont permis de mettre au jour des documents passionnants, jusqu’ici inconnus. Parmi ses scénarios de bande dessinée, on peut signaler la biographie rêvée de McCay (dessin J-P. Bramanti, éditions Delcourt), et la série Ghost Money (dessin D. Bertail, éditions Dargaud).

 
     
 
English version
 
 

The many Births of Comics

Around 1900 the American newspapers started publishing a new genre full of humour and action that we have no problem identifying as comics. And we also know that the comic strip appeared in the same years as the film and the phonograph. Yet what Thierry Smolderen convincingly demonstrates in this wonderful book is that the origins of this new genre are in fact much older, and that one can only understand the comic strip by linking it to the birth of a totally different genre, that of the modern novel, which appears in England during the 18th century. It was the satirical work of the painter and engraver William Hogarth that bridged the gap between image and novel and it was Hogarth who made a seminal contribution to a new narrative environment, allowing totally new forms of interaction between the image and the evolving media of the 18th and 19th centuries.

During the 19th century, the new impulse given by Hogarth remained exclusively in the hands of a particular group of draughtsmen, the humoristic illustrators, who devoted their immense visual culture to parody. Fascinated by the world of graffiti, children’s drawings and marginal illuminations, these artists were the very first to seize the opportunities given by the emerging media of the 19th century, which they combined and schematized in a spirit of irony. After Rodolphe Töpffer, they also played around with the sequential languages of the industrial world, which they challenged through their evocation of the naïve popular visual narratives of the past. The modern comic strip was forged in this resolutely polygraphic crucible, missing none of the major revolutions on the way to the audiovisual age.

The Many Births of Comics proposes a new and fresh vision of what we thought we already knew. The book argues that instead of being a new medium that suddenly emerged at the turn of the century, the comic strip is rooted in a much older culture, that of the readable image, a culture as old as that of the printed image. The speech balloon, the clear line, the visual rhetoric of progressive action, ironical reflexivity, even the crazy physics of the toons connect it to a genealogy that is much older and richer than present day authors imagine The initial dialogue of the comic strip with the experimental novel of the 18th Century as well as with the illustrated book of the romantic era, its long lasting cohabitation with the rythms of the illustrated press, its symbiosis with the world of the film, all these elements make comics one of the most dynamic sources of renewal for today’s images.

Thierry Smolderen

Scriptwriter, theorist and Professor at the European School of Visual Arts, Thierry Smolderen is one of today’s top experts in the history of the comic. He has published numerous articles in French magazines (such as 9e Art) as well as American publications (such as Comic Art). The new theoretical foundations on which his research is based on have allowed him to reveal fascinating documents, which until now were unknown. Among his graphic novel plots, one can point out the imagined biography of McCay (illustrated by J-P. Bramanti, Delcourt publications), and the Ghost Money series (illustrated by D. Bertail, Dargaud publications).

 
     
 
Liens
 
 

Thierry Smolderen aux Impressions Nouvelles :

- Little Nemo, un siècle de rêves (collectif), 2005.