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OMNIBUS
Benoît Peeters
Précédé de
"Vingt-cinq ans après"
Roman
Collection
"Traverses"
12,5 x 17 cm / 96 pages
10 euros
ISBN 2-906131-30-X
EAN 9782906131309
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Le livre
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Premier ouvrage de Benoît Peeters,
Omnibus est paru pour la première fois aux Editions de
Minuit voici exactement 25 ans. A l’heure où Claude
Simon vient de publier Le tramway, la réédition
d’Omnibus a semblé particulièrement opportune.
Vif et souvent désopilant, ce petit livre est enrichi d’une
préface, qui évoque avec autant de tendresse que
d’humour la ferveur qui, dans les années 70, entourait
le Nouveau Roman et la modernité.
“Bien plus qu’un pastiche, Omnibus est une vie rêvée
de Claude Simon, cet écrivain qui me donnait alors le sentiment
d’avoir accompli à l’avance, et à la
perfection, ces livres que je n’avais pas commencé
d’écrire. Une année durant, je vécus
dans la fascination des œuvres de Simon, transporté
par les alluvions que charrient leurs phrases enveloppantes. J’accompagnais
Simon dans la débâcle de 40, je combattais en Espagne
à ses côtés, je plongeais au cœur de
provinces perdues, sur les traces de ses ancêtres. Dans
les pages d’Omnibus, irrespectueux autant qu’admiratif,
j’enivre Claude Simon et je le fais mourir, je lui attribue
le prix Nobel avec dix ans d’avance, j’écris
à sa place son discours, et lui retire la paternité
de ses livres.”
(extrait de la préface)
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Un extrait du livre
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C’est à ce moment, je crois,
que Simon s’est levé et a exigé que des excuses
lui soient présentées sur-le-champ. Il a ajouté
peu après, comme pour commenter ce qui venait de se passer
: " Tout de même, est-ce que cela ne fait pas un peu
beaucoup ? " Mais la crédibilité de cette altercation
était singulièrement diminuée par la violente
odeur de Ricard qui s’était répandue autour
de Simon pendant qu’il parlait, donnant à ce vif
échange de propos l’allure d’une banale querelle
d’ivrognes. Même pour une journée comme celle-ci,
il n’avait pu s’empêcher de boire et les effets
de l’alcool se trouvaient encore augmentés du fait
qu’il n’avait certainement pas dîné,
s’étant contenté de se remplir l’estomac
avec cinq ou six apéritifs. C’est extraordinairement
ému qu’il était entré deux heures plus
tôt dans la salle et peut-être ne faut-il pas chercher
ailleurs que dans l’ivresse la raison de la tristesse du
discours qu’il nous tint ce soir-là.
“Peut-on imaginer, nous avait-il confié
d’emblée, pire sensation que celle que peut éprouver
un homme, lorsque, parvenu au soir de sa vie (et même, dans
mon cas, à la porte de la mort) — à l’âge
où il aurait pu raisonnablement espérer moissonner
le fruit d’années de dur labeur et s’endormir
apaisé avec dans l’âme le sentiment d’une
vie accomplie —, il comprend (ou croit comprendre, ou s’imagine
(qu’importe, puisque pour lui le résultat est identique)
à la fois qu’il n’a qu’incomplètement
réussi et qu’il est trop tard pour y changer quoi
que ce soit ; il ne me reste, se dit-il alors (et sans doute n’a-t-il
même pas besoin de se le dire : ces choses-là se
font toutes seules) qu’à me laisser mourir. Me croirez-vous
donc si je vous assure que c’est dans cet état d’esprit
que j’ai vécu jusqu’à ces derniers jours,
obsédé que j’étais (et que je suis
encore un peu) par l’idée qu’après ma
disparition, lentement mais inexorablement, les hommes m’oublieraient
(si tant est qu’ils m’aient jamais vraiment connu)
: mes livres disparaîtraient tout d’abord, les générations
futures n’en gardant en mémoire que quelques-uns,
puis qu’un seul (lequel ?) ou plutôt quelques universitaires
besogneux et aigris en connaissant encore le résumé,
ou au moins le titre ; et très vite même plus cela,
mon nom seul se conservant sans que personne ne sache trop qui
pouvait être ce Simon (et peut-être la survie de notre
nom est-elle notre but suprême à nous tous qui vivons
sur cette terre, peut-être est-ce même ce pour quoi
nous combattons jusqu’à la dernière seconde,
les uns en ayant des enfants, les autres en écrivant des
livres, les plus cons (dont je suis) en faisant l’un et
l’autre et en les ratant tous deux) ; et enfin (combien
de temps plus tard ? deux siècles ? trois ?) à l’occasion
d’un incendie de bibliothèque ou d’une révolution,
ce nom disparaissant lui aussi de la mémoire des hommes,
de même que durant tout ce temps mon corps se sera effondré,
les chairs pourrissant les premières, les os ensuite se
désagrégeant, ne formant qu’un petit tas de
poussière grise et uniforme dans une boîte rongée
par les vers, sans rien là-dedans qui puisse rappeler celui
que je fus, et bientôt cela même (ces derniers restes,
ces ultimes débris) s’évanouissant complètement
le jour où, à l’occasion d’un transfert
de tombes (mais y aura-t-il encore de ces sortes de choses ?)...”
Jean alors n’y tenant plus, l’interrompant
: “Mais arrête ! Arrête ! Est-ce que tu vas
continuer comme ça jusqu’à...”
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Liens
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- Notre page consacrée à Benoît Peeters
Benoît Peeters aux Impressions Nouvelles :
- Paul Valéry, une vie d'écrivain ?, Les Impressions Nouvelles, 1989 (épuisé).
- Hitchcock, le travail du film, Les Impressions Nouvelles, 1993.
- Entretiens avec Alain Robbe-Grillet, version longue (6 h 15), Les Impressions Nouvelles-IMEC, 2001.
- Le français dans tous ses états, Les Impressions nouvelles, 2002.
- Le Transpatagonien, roman, en collaboration avec Raoul Ruiz, Les Impressions Nouvelles, 2002. (Ouvrage traduit en espagnol)
- L'Archipel Tintin (collectif), Les Impressions Nouvelles, 2004.
- La Maison Autrique (en collaboration avec François Schuiten), Les Impressions Nouvelles, 2004. Ouvrage traduit en néerlandais et en anglais.
- Little Nemo, un siècle de rêves, Les Impressions Nouvelles, 2005.
- Villes enfuies, récits, Les Impressions Nouvelles, 2007.
- Lire Tintin, Les Bijoux ravis, Les Impressions Nouvelles, 2007.
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